Extrait des diamants dans la poche, un récit de Setu par Robin Garnier-Wenisch, SETU 2022
"Une mer de paille, une litière en fait littéralement, ça tombe bien
puisqu’on est dans la crèche, quand on marche dessus c’est moelleux
comme un matelas, comme rentrer dans un grand lit. Charlotte invite les
gentes à venir la rejoindre, elle est assise au milieu de la grange sur
un petit banc de bois, quelques personnes sont venues se blottir dans le
fond, je me joins à elleux, d’autres nous fixent depuis les bancs qui
donnent sur l’unique entrée et sortie. Charlotte réitère son invitation à
quelques personnes hésitantes et des enfants se précipitent, trop
contenx qu’on leur propose de franchir ce qui pouvait ressembler à un
interdit, puis elle se concentre et nous lit une histoire. C’est
l’histoire d’une géante qui passait par-dessus sa maison. Soudain tous
les éléments se recoupent : ces géantes issues des peuples de grands
mammifères marins sorties d’eau il y a des millénaires et petit à petit
venues sur terre pour finir bipèdes. Ce sont ces géantes qui ont été
entendues depuis les tentes du camping ce matin au lever du soleil (plus
tard, lors d’une discussion au milieu de deux tartines à la confiture,
d’un café queen-size et de trois escadrons de guêpes déter, Charlotte me
racontera que ces enregistrements étaient en fait des bruits de baleine
et de rots qu’elle avait ralenti au maximum). Ce sont les géantes qui
ont laissé des traces de pas près de la scène où dansait Aske. Les
géantes ne se montrent pas directement, elles sèment des indices de leur
présence. À l’occasion d’une promenade en forêt en quête de mûres,
Charlotte dit avoir croisé une de ces géantes qui fascinent autant
qu’elles effraient celles et ceux qui en parlent. Restée immobile sur un
tronc d’arbre, elle s’est laissée approcher et a passé sa nuit allongée
près d’elle avant de se réveiller seule au petit matin."
Lire le texte en entier : https://www.setufestival.com/festival/edition-2022/edition2022/
Camille Martin à propos de l'exposition Entrées par la fenêtre, aux ateliers Paul Fleury à Montreuil, novembre 2019.
La fenêtre du titre de l’exposition est celle de l’atelier d’Antoine, celle qui s’ouvre sur un monde, secret et miniature,
composé des sculptures de Charlotte, Clovis et Evelise.
Les œuvres se mêlent à la verdure du jardin. Des plantes hybrides se confondent avec les espèces végétales ;
Des abris et d’autres architectures s’érigent en équilibre avec la nature ; Des micro-paysages se lisent avec la subtilité
de la lumière et des ombres créées.
Les amateurs de littérature et de cinéma fantastique imagineront aisément des petits êtres mythiques habiter les lieux.
On remarquera d’ailleurs dans l’exposition, d’étranges présences, de minuscules créatures en chewing-gum, un pied de Golem.
Ces romans et films épiques donnent aux paysages, aux minéraux, aux végétaux et aux animaux une importance notable dans
le
récit. Le monde, dans lequel évolue le héros, est un personnage à part
entière : la nature est dotée d’une grande force, parfois
elle se
venge ou fait preuve d’indulgence. Dans ces univers fantastiques, la
personnification des éléments naturels résulte d’une grande sensibilité à
l’environnement. Cette écoute et l’envie de “réentendre le monde,
réentendre parler les choses de la nature”, pour reprendre les termes de
Marielle Macé, sont sensibles dans les travaux de Charlotte, Clovis et Evelise.
C’est certainement de cet attention pour le vivant que vient le caractère magique et précieux des pièces présentées ;
Et le travail de la terre, à l’origine de l’invitation à Montreuil, y participe, non sans symbolisme.
Cathy Crochemar à propos de l'exposition Entrées par la fenêtre,, aux ateliers Paul Fleury à Montreuil, novembre 2019.
Les ateliers de Paul Fleury se situent à Montreuil, ils s’étendent sur
600 m2. Cet espace labyrinthique se consacre à la sculpture. Pour
accéder à l’atelier d’Antoine Medes, il faut traverser le jardin,
franchir la baie vitrée, arriver dans le hall et tourner à gauche.
Il est également possible de passer par la fenêtre.
L’invitation est le fil conducteur de l’exposition. Cette action est inhérente à chaque étape de sa conception. Tour à tour,
Clovis Deschamps-Prince, Charlotte Beltzung et Evelise Millet ont été conviées à passer une semaine dans l’atelier pour faire
de la céramique. Camille Martin et moi ont été invitées à les
rencontrer. De cette expérience en a découlé la mise en place d’un
protocole qui a permis d’engager une discussion entre chaque
protagonistes géographiquement éloignées.
Une fois les règles élaborées et partagées à toutes les participantes,
le jeu peut commencer. Sur une durée donnée les échanges
se
succèdent. Chaque joueuse peut s’exprimer librement à travers un texte,
une citation ou un visuel et ponctue son intervention en invitant une
autre personne à répondre. Cet appel induit que l’autre participante
accepte l’invitation, la décline, l’esquive,
la refuse ou la renouvelle. Le protocole est une expérience ludique, il soumet à des règles qui définissent les moyens,
les contraintes et les objectif. Vous êtes invité à y jouer.